Le piano à bretelles plein les oreilles

8 septembre 2015 | Yves Bernard – CollaborateurMusique
Photo: Carrefour mondial de l’accordéon

Kathy Adam et Didier Laloy, un duo belge qui s’inspire des musiques traditionnelles Didier Laloy et Kathy Adameuropéennes. Ils ont tous fortement résonné aux quatre coins de la capitale de l’oie blanche jusqu’à lundi matin : diatoniques comme chromatiques, accordéons piano, bayan et concertina de partout et de toutes les grandeurs, se sont retrouvés. Et les spectateurs en ont eu plein les oreilles.

Répétons-le haut et fort : le Carrefour mondial de l’accordéon est l’un des plus importants festivals du genre sur la planète. « L’événement préféré de tous les accordéonistes des États-Unis », clamait samedi soir Jeremiah McLane pendant qu’il livrait de superbes arrangements de musiques dites classiques inspirées par les traditions, en duo avec sa conjointe Annemieke. Le public est d’âge mûr, le carrefour, à l’abri du goût du jour et encore cette année, et les croisements de répertoires proposés pouvant paraître insolites aux jeunes urbains.

Dans le Vieux-Montmagny comme aux abords du musée de l’accordéon, la musique s’écoute encore sans téléphone et, pendant que des artistes offrent des musiques de traditions ou des créations contemporaines, d’autres mélangent la variété et les standards plus connus de la musique classique. Parfois, tout cela s’entrecroise dans un univers parfaitement cohérent pour le public présent qui réagit beaucoup et accorde généreusement des ovations.

Moment magique

On est parfois plongés dans des scènes cocasses. Un accordéoniste joue de son instrument à l’envers dans la rue Saint-Jean-Baptiste fermée à la circulation, pendant qu’un autre est accompagné d’une rythmique plus country à quelques mètres de là. Il y a aussi les moments magiques, comme cet arrêt sur le pont Rivard. En avant, le bassin de la rivière du Sud et le fleuve ; au loin, les montagnes de Charlevoix ; à gauche, l’onde musicale du chromatique de la jeune Finlandaise Viivi Maria Saarenkylä derrière les arbres du Musée de l’accordéon. Quelques minutes plus tard, l’endroit se transforme en un grand bar à chansons populaires d’une autre époque : celle du Temps des fleurs…

Et les coups de coeur ? D’abord ce formidable Duo Bilika avec Didier Ithursarry et Kristof Hiriart, deux Basques de Bayonne : le premier avec son chromatique au son vaste et ample ; l’autre, aux chants de liberté, aux vocalises de musique actuelle, à la voix intense, aux sifflements et aux cris. Ensemble, ils créent une véritable plongée à travers le temps.

Puis, un duo belge tout aussi créatif : Didier Laloy au diatonique et Kathy Adam au violoncelle, avec leurs compositions inspirées de leurs angoisses, de leurs enfants et des musiques traditionnelles européennes. C’est à la fois triste et trash, doux et dense, baroque, asymétrique, violent, méditatif et très libre. Le public de la salle Edwin-Bélanger a beaucoup aimé.

Virtuose du diatonique

Un musicien présent cette année incarne le Carrefour : Timi Turmel, qui se produisait cette année avec la pianiste Erin Leahy et le guitariste Christian Nolet. Associé au festival depuis très jeune, il a constamment évolué au point de devenir un véritable virtuose du diatonique. Il peut jouer avec une rapidité déconcertante ou faire respirer avec grande musicalité ses airs du Québec, de l’Ontario, d’Irlande et du Cap breton. Un très grand talent !

Les autres trouvailles ? François Heim et Alexeï Birioukov : un superbe mélange de diatonique et de balalaïka ; Niall et Cillian Vallely, de retour avec leur concertina et leur grande cornemuse uillean ; Erica Weigand et Elias Porter de la jeune Catalogne ; A Cadiera Coixa, un groupe espagnol très porteur ; Steve Normandin, la « bibitte » des roulottes à patates ; Robert Santiago, du merengue à l’altiplano bolivien ; David Venitucci et Annick Cisaruk avec leur folie chansonnière ; Étienne Grandjean et Soïg Siberil pour leur trad folk breton allumé. Enfin, un mot pour Philippe Bruneau, âme toujours inspirante pour les nombreux musiciens québécois de talent qui se sont présentés encore une fois au Carrefour.

Yves Bernard était invité par le Carrefour mondial de l’Accordéon de Montmagny.